Danseuse et chorégraphe, Gaëlle Bourges a mis beaucoup d’elle-même dans cette création en solo, en évoquant pêle-mêle la Guerre d’Algérie, dont elle a gardé un souvenir traumatique, et le disco, qui l’a sauvée. Un mange-disque très vintage a remplacé le violon, le soldat est devenu soldate et le Diable une diablesse. Moyennant ces quelques adaptations, c’est bien le récit de Ramuz, dans la belle langue de l’auteur Vaudois, qu’elle porte en voix off.
L’histoire du soldat de Ramuz c’est l’histoire de Joseph, de retour chez lui en permission, où sa mère et sa fiancée l’attendent – on est au cœur de la première guerre mondiale. En chemin, il croise le Diable, sans le reconnaître : il se laisse convaincre de lui donner son violon en échange d’un livre magique qui lit l’avenir. Le voilà pris au piège !
Comme à son habitude (on aura pu voir à Ivry La bande à Laura ou Austerlitz), Gaëlle Bourges assume un rapport au temps fait d’anachronismes, ou plutôt de déplacements et des condensations, convoquant l’inconscient collectif au prisme de la mémoire individuelle.
« On n’a pas le droit de tout avoir, c’est défendu.
Un bonheur est tout le bonheur,
Deux, c’est comme s’il n’existait plus. »
Ramuz